L'Inédit

par notreHistoire


Genève, Salon de l'Auto 1979

Coll Claude-André Fradel / notreHistoire.ch

Inspiration

Et Jaguar créa la XJ6

Un 6 cylindres en ligne, à essence, 4235 cm3 développant 170 chevaux à 4500 tours/min pour une vitesse maximale de 210 km/h, boîte de vitesses automatique à 3 rapports – ou 4 rapports manuels avec overdrive (qui joue le rôle d’une cinquième) – direction à crémaillère assistée, deux réservoirs dans les ailes arrière de 45 litres chacun ! Que dire encore ? L’intérieur, bien sûr, avec son volant en bakélite, tableau de bord en ronce de noyer, siège plein cuir… n’a-t-elle pas été sacrée «plus belle limousine de tous les temps». Elle ? La Jaguar XJ6, qui doit son nom à Sir William Lyons, le fondateur de la marque, X pour eXperimental et J pour Jaguar, évidemment. Dès la sortie de la première série, au Salon de Paris en 1968, cette voiture qui était en gestation depuis 1962 se place immédiatement dans la catégorie des légendes : «pureté et classicisme» de l’avis des experts, quelle autre voiture pouvait réunir ces deux qualité rares, en demeurant nerveuse et sportive pour une berline de haute lignée? Qui plus est, la Jaguar XJ6 ose des couleurs de carrosserie inconcevables aujourd’hui pour une voiture de luxe, des vert anglais ou amande, du jaune, du rouge, des teintes affirmées pour son côté félin. Boris Vian débute d’ailleurs sa chanson « Maxim’s » par ce délicieux : « Ah! baiser la main d’une femme du moooooonde/ Et m’écorcher les lèvres à ses diamants / Et puis, dans la Jaguar, brûler son léopard / avec une cigarette anglaaaaaise…. »

La XJ6 connaîtra trois séries jusqu’en 1986, remplacée par la nouvelle génération des XJ40. Lancée en mars 1979 au Salon de l’automobile de Genève, la série 3 améliore les performances du moteur, soigne sa ligne élancée (l’inclinaison du parebrise est accentuée, ce qui met plus encore en valeur son long museau). En présentant sa série 3 au Salon de Genève, qui se tient dans le Palais des Exposition du boulevard Carl Vogt – le bâtiment fera place à Uni Mail, en 1981 – Jaguar entretient le lien privilégié de la marque avec Genève. C’est en effet au Salon de Genève, le 16 mars 1961, que Jaguar avait présenté, en première mondiale, son exceptionnelle Type E. Sir Williams Lyon et l’ingénieur en chef des usines Jaguar de Coventry avaient fait le déplacement. Pour ménager son effet, Lyons avait fait emballer la Type E dans un coffret placé devant le restaurant du Parc des Eaux-Vives. Comme le relate le journaliste du Journal de Genève, «Aucun témoin de ce baptême ne songeait à mettre en doute les qualités mécaniques d’un bolide à qui ne manquera chez nous, pendant quelques temps, qu’une chose importante : des routes où il puisse donner sa pleine mesure !» Il est vrai qu’en mars 1961, les travaux de la première autoroute de Suisse, l’A1 entre Genève et Lausanne, venaient à peine de commencer.■

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Le tremblement de terre de 1946.

Coll. Grégoire Favre/notreHistoire.ch

« Rien ne vous désoriente comme les secousses d’un tremblement de terre. On s’aperçoit alors du peu que nous sommes ». Plusieurs jours après le séisme le plus violent de l’histoire suisse récente, un sentiment d’impuissance méduse encore les Valaisans, comme en témoignent ces lignes d’un éditorialiste du journal Le Nouvelliste. Face à des montagnes de gravats, la vallée du Rhône prend conscience de l’étendue du désastre.

Le 25 janvier 1946, peu après 18 h 30, le sismographe de l’Observatoire de Neuchâtel s’agite comme un possédé. Tout indique qu’un tremblement de terre considérable est en train de se produire dans le sud du pays. Bien que le premier choc ne dure que quelques secondes, il est d’une telle force que le savant appareil se brise. Le voilà hors d’usage.

Au même instant, dans les villes et les hameaux valaisans, le séisme secoue les maisons. Le sol semble se dérober sous les pieds, les armoires dansent soudainement dans les cuisines où l’on prend le souper, la vaisselle s’écrase sur le sol, les chaises tombent à la renverse. Des façades se lézardent à vue d’œil. Terrifiée, la population se jette dans les rues pour échapper au pire. Il n’aura fallu qu’un instant pour que le chaos s’installe : cheminées et tuiles jonchent le sol. Plusieurs répliques se produiront au cours de la nuit et l’on n’ose donc pas regagner son foyer, de peur de se retrouver pris au piège sous des décombres.

Le lendemain de la catastrophe, si l’on en croit notre éditorialiste du Nouvelliste, « les confessionnaux ont été tout particulièrement fréquentés ». A Chippis, près de Sierre, les fidèles n’ont hélas pas eu cette chance : le plafond de leur église n’a pas résisté au séisme et s’est écroulé au beau milieu de la nef. La restauration de l’édifice religieux ne s’achèvera qu’en 1948.

Signe des temps, alors que la peur du diable semble ne plus faire beaucoup d’adeptes, voilà que des hypothèses farfelues voient le jour. En effet, des expériences de pointe viennent d’être menées aux États-Unis avec le radar. Il n’en faudra pas davantage pour que des théories aux allures complotistes jugent ce dernier responsable du séisme. Les scientifiques démentiront vite cette idée.

Cela dit, la hantise d’un nouveau tremblement de terre s’imprègne dans les esprits. Dans un style enflammé, notre éditorialiste s’en fait l’écho : « Or, il n’est pas dit qu’un beau matin, […] la salle du Conseil national ne s’entr’ouvrira pas de façon à former une crevasse dans laquelle tomberont les orateurs en train de pérorer ». Un frisson nous traverserait presque…■

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Images oubliées

Coll. Grégoire Favre/notreHistoire.ch

Le photomaton, apparu en 1925 à New York, fait depuis lors l’objet de deux usages diamétralement opposés : un usage administratif pour les documents d’identité officiels et un usage récréatif entre amis. C’est bien en groupe que le photomaton révèle tout son potentiel créatif ! L’intimité immédiate et l’exiguïté de la cabine sont en effet propices aux mises en scène les plus cocasses. Le photomaton serait-il l’ancêtre du selfie ?

Gage d’amitié à peu de frais, le photomaton a la propriété de rendre compte sur un minuscule bout de papier des liens, éphémères ou pérennes, unissant des personnes. Des jours ou des décennies plus tard, ces images gardent toute la spontanéité et la joie de la prise de vue.

De nombreux artistes se sont emparés des cabines photographiques, des surréalistes parisiens à JR, en passant par Andy Warhol. Attirés par les spécificités du procédé, ils l’ont détourné dans un nouvel usage artistique. Le cinéma également, en particulier dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain avec le personnage de Nino Quincampoix, collectionneur de clichés oubliés sous les photomatons du métro parisien. Tout comme l’artiste valaisan Grégoire Favre avec cette série de clichés trouvée à Locarno.

Le photomaton a toujours été, aussi, le roi de la photo ratée. Dépourvu d’écran de contrôle jusqu’à l’ère numérique, il faisait la part belle au hasard. Quelle surprise lorsque le tirage tombait dans le compartiment ! Qui n’a pas éclaté de rire en voyant de vieux clichés loufoques ou bien la photo d’identité d’une amie semblant sortir tout droit de prison ? Mais serait-ce pour ces mêmes ratages que nous l’utilisons moins aujourd’hui ? Nous préférons garder la maîtrise des choses. Société zéro risque. C’est ici que le selfie prend le pouvoir sur le photomaton.

Pourtant, il revient actuellement à la mode, à l’instar du polaroïd et d’autres technologies vintages. Il est de mise de louer une cabine photographique pour un mariage ou autre occasion festive et les musées lui rendent hommage, comme le Musée de l’Elysée à Lausanne. Il existe même une société suisse dénommée Selfiematon. Peut-être fera-t-elle la même fortune que celle exploitant le photomaton! ■


Références

Ursula Michel, La fabuleuse histoire du Photomaton, Slate.fr, version du 18 avril 2018
Histoire du photomaton, Production Drôle de trame et Arte France – Arte Creative, 2015

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Une image rare: celui du pionnier du photomaton en France
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Montreux en 1968

Coll. R. Di Salvo/notreHistoire.ch

Construite entre 1964 et 1968, la Tour d’Ivoire à Montreux témoigne de l’euphorie économique des années 1960. Son architecte Hugo Buscaglia affirme vouloir avant tout soustraire par la hauteur les futurs habitants et habitantes du gratte-ciel aux nuisances des gaz d’échappement, la circulation automobile faisant déjà sentir à l’époque ses effets néfastes. A ses yeux, la forme de la tour d’habitation est aussi le seul moyen de garantir un ensoleillement suffisant et des espaces verts dans le contexte de raréfaction des terrains à bâtir que connaît la station lémanique. Alors qu’il en préconise la multiplication, la Tour d’Ivoire n’a pas fait école et se dresse aujourd’hui toujours seule à la pointe du cap montreusien.

Avant la construction, le site est déjà occupé par des bâtiments, dont notamment l’hôtel Richemond et la villa «Fleurettes», qui seront sacrifiés au nom de la modernité. Il fait l’objet d’un plan de quartier qui prévoit en cas de reconstruction des immeubles limités à six étages, regroupés autour d’une cour fermée. La tour fera 29 étages pour une hauteur de 80 m ! Pour ce faire, Buscaglia obtient une dérogation de la Municipalité, avec pour contrepartie la création d’un espace vert au pied de l’édifice et l’ouverture au public de son sommet.

Pour faire tenir la construction, 47 piliers en béton armé sont coulés à 8 m de profondeur. Sur ces piliers est installée une plate-forme de 3,5 m d’épaisseur, sur laquelle repose véritablement l’édifice. Celui-ci forme ensuite une masse continue de béton armé jusqu’au sommet. Il est conçu pour résister à des vents de 180 km/h et à un tremblement de terre 1,5 fois supérieur aux plus forts enregistrés en Suisse.

Flanquée de deux autres bâtiments de huit étages, la tour compte 200 appartements de 2 à 4 pièces, 3 ascenseurs rapides, ainsi qu’un monte-charge, et un parking souterrain. La chaufferie est placée au sommet pour économiser la réalisation d’une cheminée sur toute la hauteur du bâtiment. Afin d’amortir leur impact visuel, les garde-corps des balcons sont faits en verre sécurisé et des fenêtres basculantes évitent tout risque de chute. Tout en haut, la terrasse est aussi équipée de balustrades anti-suicides.

Pour que la tour paraisse plus étroite, elle adopte un plan trapézoïdal et les balcons vont en s’évasant du côté du lac. Ces précautions esthétiques n’empêcheront pas de vives critiques, notamment des mouvements de protection du patrimoine. De fait, le recensement architectural du canton de Vaud désignait en 1980 le bâtiment comme «objet altérant le site». Ce jugement serait peut-être aujourd’hui plus modéré. Les façades ont bénéficié d’une rénovation en 1996. Elles ont notamment été à nouveau recouvertes d’un enduit de finition rétablissant leur couleur ivoire.

Un seul ouvrier a renoncé à ce chantier en raison des conditions vertigineuses de travail. ■

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