L'Inédit

par notreHistoire


Images oubliées

Coll. Grégoire Favre/notreHistoire.ch

Le photomaton, apparu en 1925 à New York, fait depuis lors l’objet de deux usages diamétralement opposés : un usage administratif pour les documents d’identité officiels et un usage récréatif entre amis. C’est bien en groupe que le photomaton révèle tout son potentiel créatif ! L’intimité immédiate et l’exiguïté de la cabine sont en effet propices aux mises en scène les plus cocasses. Le photomaton serait-il l’ancêtre du selfie ?

Gage d’amitié à peu de frais, le photomaton a la propriété de rendre compte sur un minuscule bout de papier des liens, éphémères ou pérennes, unissant des personnes. Des jours ou des décennies plus tard, ces images gardent toute la spontanéité et la joie de la prise de vue.

De nombreux artistes se sont emparés des cabines photographiques, des surréalistes parisiens à JR, en passant par Andy Warhol. Attirés par les spécificités du procédé, ils l’ont détourné dans un nouvel usage artistique. Le cinéma également, en particulier dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain avec le personnage de Nino Quincampoix, collectionneur de clichés oubliés sous les photomatons du métro parisien. Tout comme l’artiste valaisan Grégoire Favre avec cette série de clichés trouvée à Locarno.

Le photomaton a toujours été, aussi, le roi de la photo ratée. Dépourvu d’écran de contrôle jusqu’à l’ère numérique, il faisait la part belle au hasard. Quelle surprise lorsque le tirage tombait dans le compartiment ! Qui n’a pas éclaté de rire en voyant de vieux clichés loufoques ou bien la photo d’identité d’une amie semblant sortir tout droit de prison ? Mais serait-ce pour ces mêmes ratages que nous l’utilisons moins aujourd’hui ? Nous préférons garder la maîtrise des choses. Société zéro risque. C’est ici que le selfie prend le pouvoir sur le photomaton.

Pourtant, il revient actuellement à la mode, à l’instar du polaroïd et d’autres technologies vintages. Il est de mise de louer une cabine photographique pour un mariage ou autre occasion festive et les musées lui rendent hommage, comme le Musée de l’Elysée à Lausanne. Il existe même une société suisse dénommée Selfiematon. Peut-être fera-t-elle la même fortune que celle exploitant le photomaton! ■


Références

Ursula Michel, La fabuleuse histoire du Photomaton, Slate.fr, version du 18 avril 2018
Histoire du photomaton, Production Drôle de trame et Arte France – Arte Creative, 2015

A consulter également sur notreHistoire.ch

La galerie consacrée au photomaton
Une image rare: celui du pionnier du photomaton en France
L’émission Verso de la RTS (2000) consacrée au photomaton

Montreux en 1968

Coll. R. Di Salvo/notreHistoire.ch

Construite entre 1964 et 1968, la Tour d’Ivoire à Montreux témoigne de l’euphorie économique des années 1960. Son architecte Hugo Buscaglia affirme vouloir avant tout soustraire par la hauteur les futurs habitants et habitantes du gratte-ciel aux nuisances des gaz d’échappement, la circulation automobile faisant déjà sentir à l’époque ses effets néfastes. A ses yeux, la forme de la tour d’habitation est aussi le seul moyen de garantir un ensoleillement suffisant et des espaces verts dans le contexte de raréfaction des terrains à bâtir que connaît la station lémanique. Alors qu’il en préconise la multiplication, la Tour d’Ivoire n’a pas fait école et se dresse aujourd’hui toujours seule à la pointe du cap montreusien.

Avant la construction, le site est déjà occupé par des bâtiments, dont notamment l’hôtel Richemont et la villa «Fleurettes», qui seront sacrifiés au nom de la modernité. Il fait l’objet d’un plan de quartier qui prévoit en cas de reconstruction des immeubles limités à six étages, regroupés autour d’une cour fermée. La tour fera 29 étages pour une hauteur de 80 m ! Pour ce faire, Buscaglia obtient une dérogation de la Municipalité, avec pour contrepartie la création d’un espace vert au pied de l’édifice et l’ouverture au public de son sommet.

Pour faire tenir la construction, 47 piliers en béton armé sont coulés à 8 m de profondeur. Sur ces piliers est installée une plate-forme de 3,5 m d’épaisseur, sur laquelle repose véritablement l’édifice. Celui-ci forme ensuite une masse continue de béton armé jusqu’au sommet. Il est conçu pour résister à des vents de 180 km/h et à un tremblement de terre 1,5 fois supérieur aux plus forts enregistrés en Suisse.

Flanquée de deux autres bâtiments de huit étages, la tour compte 200 appartements de 2 à 4 pièces, 3 ascenseurs rapides, ainsi qu’un monte-charge, et un parking souterrain. La chaufferie est placée au sommet pour économiser la réalisation d’une cheminée sur toute la hauteur du bâtiment. Afin d’amortir leur impact visuel, les garde-corps des balcons sont faits en verre sécurisé et des fenêtres basculantes évitent tout risque de chute. Tout en haut, la terrasse est aussi équipée de balustrades anti-suicides.

Pour que la tour paraisse plus étroite, elle adopte un plan trapézoïdal et les balcons vont en s’évasant du côté du lac. Ces précautions esthétiques n’empêcheront pas de vives critiques, notamment des mouvements de protection du patrimoine. De fait, le recensement architectural du canton de Vaud désignait en 1980 le bâtiment comme «objet altérant le site». Ce jugement serait peut-être aujourd’hui plus modéré. Les façades ont bénéficié d’une rénovation en 1996. Elles ont notamment été à nouveau recouvertes d’un enduit de finition rétablissant leur couleur ivoire.

Un seul ouvrier a renoncé à ce chantier en raison des conditions vertigineuses de travail. ■

A lire également

« De Bel-Air à Babel – Un rêve de grandeur Jean Tschumi, René Deléchat, Alphonse Laverrière, Hugo Buscaglia, André Gaillard » édité en 2019 par Call me Edouard Editeurs.

A consulter également sur notreHistoire.ch

La Suisse romande compte d’autres tours remarquables

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A propos

La rédaction de L’Inédit

L’équipe éditoriale de L’Inédit est composée d’historiens, de journalistes et d’auteurs qui y contribuent de manière régulière ou occasionnelle.

Nous reprenons également des récits des membres de notreHistoire.ch, dont Claire Bärtschi-Flohr, Sylvie Bazzanella, Mauro Bernardi, Olivier Buchs, André Chaubert, Robert Curtat, Martine Desarzens, Maurice Marcel Demont, Claude Kissling, Paul-André Florey, Adrian McLeod, François Rudhard, Daniel Rupp, Georges Savary, Michel Savioz, Marc Schindler, Armand Sin, Claude Torracinta. D’autres membres seront sollicités et leur liste s’affichera ici.

Collaborent à notre publication:

YANNIS AMAUDRUZ. Diplômé en histoire, il passe son enfance dans la ferme familiale d’un village vaudois qui aurait pu inspirer un roman de Ramuz. Après un apprentissage de commerce, il décide de se consacrer à sa passion, l’histoire, et entre à l’Université de Lausanne. Il est l’auteur du blog Helvetia Historica, consacré au patrimoine et du guide Lieux secrets de l’Histoire romande.

PATRICK AUDERSET. Historien, il a assumé la responsabilité éditoriale de notreHistoire.ch, de 2016 à 2018, parallèlement à son poste actuel de coordinateur au Collège du travail, Fondation pour la mémoire et l’histoire du monde du travail.

PIERRE-ETIENNE BOURNEUF est conseiller scientifique à la Bibliothèque et Archives des Nations Unies, à Genève. Titulaire d’un doctorat en Relations internationales obtenu auprès de l’IHEID, il est auteur de plusieurs publications sur la Société des Nations. Ses recherches portent sur l’histoire des relations internationales, et en particulier les organisations internationales, la paix internationale et la sécurité collective. Pierre-Etienne Bourneuf travaille actuellement au projet « 100 ans de multilatéralisme à Genève », pour lequel il a préparé plusieurs expositions.

FREDERIC BURNAND. Journaliste, Frédéric Burnand est correspond au Palais des Nations, à Genève, pour le site multilingue swissinfo.ch. Il a débuté son parcours à l’agence de presse Infosud, puis il a travaillé à la rubrique locale de la Tribune de Genève et à la rubrique internationale du Nouveau Quotidien. Frédéric Burnand a également initié un partenariat entre swissinfo.ch et Rue89 qui a pris fin après le rachat du pureplayer français.

MELANIE CHAPPUIS. Après ses études à l’Université de Genève, Mélanie Chappuis collabore à plusieurs journaux. Elle est actuellement journaliste à la Radio Suisse Romande et chroniqueuse au journal Le Temps. En 2008, elle publie son premier roman: Frida. Deux ans plus tard paraît Des baisers froids comme la lune, titre tiré du poème Le revenant de Charles Baudelaire. En 2011, elle obtient la bourse à l’écriture du canton de Vaud et remporte, l’année suivante, le Prix de la relève du canton de Vaud. Son roman Un thé avec mes chères fantômes (2016) est inspiré par la châtelaine Emma Vieusseux.

LAURENT COURAU. Réalisateur, journaliste et fondateur du web magazine La Spirale. A collaboré avec Le Monde, Libération, Technikart, Abstract, Arte, Radio Nova. Auteur de Mutations pop & crash culture, une anthologie de LaSpirale.org (2004), Vampyres, quand la réalité dépasse la fiction (2006), réalisateur du film documentaire Vampyres (2007), de la web-série et du film de fiction fantastique Les Sources Occultes (2019). Poursuit son étude des mutations sociales, culturelles et technologiques de ce début de millénaire au travers de nouveaux livres et films, en cours d’élaboration.

MARC COLIN. À la suite de son Bachelor en Lettres à l’Université de Neuchâtel, il commence un Master en Histoire et Cinéma à l’Université de Lausanne. Son approche de l’histoire contemporaine privilégie les sources filmiques et iconographiques, et tout particulièrement les images d’amateurs. Après avoir écrit sur les films de famille et les ciné-clubs, il a choisi de faire son travail de mémoire sur le cinéma amateur comme un élément du patrimoine culturel en Suisse.

BRUNO CORTHESY. Historien de l’architecture à Lausanne, Bruno Corthésy est l’auteur de plusieurs ouvrages et d’articles dans ce domaine. Il travaille également au montage d’expositions et à la réalisation de films documentaires.

ANDRE DURUSSEL. Ecrivain, poète et essayiste, André Durussel a d’abord obtenu un CFC de mécanicien-électricien puis travaillé à la centrale nucléaire de Lucens et à la Fonderie Gisling de Moudon. Diplômé en 19687 du Séminaire de culture théologique de Lausanne, André Durussel a été journaliste, membre de l’UPF (Paris), et fondateur de la revue culturelle Espaces, de 1975 à 2000. Il est l’auteur de plusieurs essais, d’ouvrages de poésie et d’un recueil de nouvelles.

CHRISTOPHE DUTOIT. Journaliste et photographe à La Gruyère depuis 1998, il mène en parallèle des mandats de commissariat, de recherches historiques et de mise en valeur éditoriale de la photographie patrimoniale et contemporaine. Il a notamment travaillé sur le pionnier du daguerréotype Girault de Prangey, sur les autochromes suisses des Archives de la planète. Il dirige la collection Regards retrouvés qui met en valeur des collections photographiques fribourgeoises.

GUILLAUME FAVROD. Historien, il s’est occupé, entre 2018 et 2019, de la web édition et de l’animation de la plateforme digitale Fêtes Vignerons liée à notreHistoire.ch. En parallèle, Guillaume Favord a occupé le poste de collaborateur scientifique pour la Confrérie des Vignerons et de responsable photographie et documentation de la Fête des Vignerons. Depuis 2019, il a rejoint le comité de l’association Vibiscum à Vevey et co-édite les Annales Veveysannes depuis 2020. 

ANTOINE FLEURY. Professeur émérite de l’Université de Genève, Antoine Fleury a enseigné l’histoire des relations internationales et de l’intégration européenne. Ses recherches et ses publications portent sur l’histoire des relations internationales au XXe siècle, notamment sous l’angle de la coopération durant la période de l’entre-deux-guerres, avec principalement la Société des Nations, le Plan Briand d’Union européenne, puis après la Seconde Guerre mondiale.

JEAN-JACQUES LAGRANGE. Dès 1953-1954, il fait partie de l’équipe qui crée la télévision expérimentale genevoise. Engagé comme réalisateur à la Télévision Suisse Romande (TSR) dès son origine en 1954, Jean-Jacques Lagrange est l’un des cofondateurs du Groupe 5 aux côtés d’Alain Tanner, Jean-Louis Roy, Claude Goretta et Michel Soutter. Leurs œuvres font rapidement connaître le cinéma suisse sur le plan international. A la TSR, Jean-Jacques Lagrange produit au début des années 1960 le magazine Continents sans visa pour lequel il réalise plus de 660 émissions dont La dernière campagne de Robert Kennedy, récompensée en 1969 aux Etats-Unis par un Emmy Awards. Il tourne également des films dramatiques et neuf téléfilms. De 1954 à sa retraite, en 1994, Jean-Jacques Lagrange sera responsable des réalisateurs TSR. Pour les cinquante ans de la Télévision il publie le site histoire de la TSR.

PATRICK GILLIERON LOPRENO. Après avoir obtenu un Master of Arts en philosophie de l’histoire à la Faculté des lettres de l’Université de Genève, il se forme à la photographie au sein de l’agence Grazia Neri à Milan. Il devient ensuite photographe indépendant RP et collabore régulièrement pour des institutions, ONG et divers médias. En parallèle, il mène une carrière plus artistique à travers des sujets sociaux et documentaires. Ses travaux sont diffusés sous forme de livres, d’expositions ou de commandes. Depuis juin 2019, il est le responsable de la Galerie Focale.

ALAIN MEYER. Actif dans les médias depuis 1986, Alain Meyer explore les différentes facettes du métier de journaliste. Qu’il s’agisse de sa forme écrite (collaborations actuelles à Swissinfo, Le Courrier et L’Echo Magazine), de sa forme radiophonique (entre 1993 et 2000 au service de la RTS, puis pour les radios locales Canal 3 et Radio Jura bernois). Il a exercé le métier d’agencier à l’Agence Télégraphique Suisse pendant 9 ans, jusqu’en 2018. 

HELOÏSE POCRY. Née à Paris, elle est installée à Vevey depuis 2004. Elle travaille depuis 2011 à la Fondation SAPA, Archives suisses des arts de la scène. Active à partir de 2015 dans le domaine de la création et de la médiation littéraires, elle publie ses textes courts, poèmes et nouvelles dans plusieurs revues, anime des ateliers d’écriture et développe des projets interdisciplinaires présentés sur son site lemancolie.ch. Elle est l’auteure d’un premier roman, L’onde impatiente.

CHANTAL RENEVEY-FRY, titulaire d’un master of arts, est archiviste et historienne. Son domaine d’étude principal est celui de l’histoire de l’éducation, où elle a rédigé ou dirigé plusieurs publications et articles dont certains accompagnaient des expositions du Musée d’ethnographie de Genève ou de la Maison Tavel (Musées d’art et d’histoire). En tant que membre fondatrice et actuelle responsable de la collection de la Criée (Communauté de recherche interdisciplinaire sur l’éducation et l’enfance), elle privilégie une histoire vivante dans laquelle les objets, documents et témoignages de la vie quotidienne viennent heureusement compléter et éclairer les archives officielles.

SIMON ROTH. Historien de formation, co-fondateur des éditions Faim de siècle, Simon Roth est bibliothécaire auprès de la Médiathèque Valais-Sion. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles en lien avec l’histoire culturelle en Suisse romande :

ALBIN SALAMIN. Après ses études au Collège de Saint-Maurice, en Valais, Albin Salamin obtient son doctorat en biochimie. Il travaille d’abord au Centre de documentation de Zyma, à Nyon, puis crée le Centre de documentation de l’IMD à Lausanne. Dès 1992, Albin Salamin assume ensuite la responsabilité de la documentation écrite à la RTS, à Genève, avant de travailler au lancement du site des archives de la RTS puis de notreHistoire.ch. Depuis 2009, il assume la modération de la plateforme.

MARTINE SALOMON. Après avoir travaillé au coeur de l’actualité à l’Agence Télégraphique Suisse, Martine Salomon est désormais journaliste indépendante et cultive sa préférence pour les sujets société, culture et nature. Elle collabore avec insieme, la Revue Musicale Suisse, La Forêt, Commune Suisse et les Olympiades de la science. Son goût pour le partage avec le public l’amène à oeuvrer dans la médiation culturelle, notamment en animant des visites à l’Espace des Inventions, à Lausanne.

JEAN STEINAUER. Né à Fribourg, il a été journaliste à Genève, Berne et Lille (France) pour divers médias de Suisse romande avant de se consacrer à l’histoire. Il est l’auteur ou coordinateur, seul ou en collaboration, d’une quarantaine d’ouvrages.

NIC ULMI. Il a un parcours multipiste entre les médias (radio, Tribune de Genève, Le Temps, Hémisphères…), la recherche en sciences sociales, la culture alternative (L’Usine à Genève), la musique électronique (le duo Gina & Tony) et la médiation culturelle (aux Bibliothèques municipales de Genève). Il est l’auteur d’ouvrages sur les volontaires suisses dans la guerre d’Espagne, sur les nouveaux usages des espaces verts, sur les pratiques de deuils à Genève, ou encore sur l’histoire de l’électricité en Suisse (à paraître).

CLAUDE ZURCHER. Journaliste et éditeur depuis 1989, il a été rédacteur en chef de plusieurs publications indépendantes qu’il a contribué à lancer. Il a collaboré comme journaliste indépendant pour plusieurs titres romands avant de travailler dès 2005, pour la FONSART. Sur le site des archives de la RTS, qu’il conçoit et anime de 2005 à 2010, il publie un vaste choix de documents des archives de télévision et de radio. En 2009, pour la FONSART, il conçoit notreHistoire.ch dont il assume la responsabilité éditoriale jusqu’en 2016. Parallèlement à son travail à la FONSART, Claude Zurcher poursuit son activité de journaliste et de chroniqueur pour La Gruyère, qui l’accueille dans ses pages depuis 1991. Il participe au collectif Olga Editions, fondé à Genève en 2005.

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